Les facteurs de risque du suicide et l’autopsie psychologique

Les facteurs de risque du suicide

Les facteurs de risque du suicide correspondent aux circonstances qui engendrent le passage à l’acte suicidaire, selon les situations rencontrées il peut s’agir des antécédents familiaux, des prédispositions neurobiologiques, des troubles psychologiques préexistants, des événements traumatiques, etc.

C’est Edwin S. Schneidman (et ses collaborateurs) qui élabora une méthode rigoureuse, « l’autopsie psychologique » (Le tempérament suicidaire : Risques, souffrances et thérapies, 1999), mettant en évidence les facteurs de risques suicidaires. Après l’acte suicidaire, S. Schneidman enquête auprès de l’entourage de la personne afin de récolter le plus d’informations à son sujet, les entretiens avec les amis ou les parents permettent d’identifier les facteurs de risques et de définir plus précisément la personnalité du défunt.

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Aller plus loin sur cette notion d’autopsie psychologique :

http://www.inserm.fr/thematiques/sante-publique/dossiers-d-information/suicide-autopsie-psychologique-et-prevention

www.inserm.fr/content/…/EC_autopsie_psychologique_vers_finale.pdf

https://fr.wikipedia.org/wiki/Autopsie_psychologique

Différentes types de suicide

Le suicide « formalisé »

E. Durkheim (1951) a catégorisé différents types de suicide. La première catégorie est le « suicide formalisé » ou appelé aussi « suicide altruiste », dans ce cas de figure, l’individu pense qu’il mérite la mort et doit se l’infliger lui-même afin de réparer son déshonneur, cet acte suicidaire est approuvé par la société et porte un sens culturel, c’est le cas par exemple au Japon sous la forme du « hara-kiri ».

Le suicide « égoïste » et « anomique »

Une autre catégorie est nommée « suicide égoïste », l’individu est coupé de ses relations sociales et s’isole du reste du monde.

E. Durkheim décrit le « suicide anomique » qui survient à la suite d’un événement traumatique qui viendrait fragiliser l’équilibre socio-économique de l’individu, par exemple, à la suite d’un licenciement, d’une rupture amoureuse, d’une maladie grave déclarée, d’une perte d’autonomie soudaine, etc.

L’article de http://www.huffingtonpost.fr souligne que ce n’est pas un acte égoïste !

Le suicide fataliste

Enfin, il est question du « suicide fataliste » qui est le résultat d’une perte de contrôle sur le déroulement de sa vie, l’individu n’a plus l’impression de maîtriser ce qui lui arrive et s’en remet à d’autres forces, une situation que l’on peut retrouver dans les milieux sectaires où le suicide est ritualisé, puis mis en œuvre par un gourou.

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Le suicide chez les adolescents

Le suicide, la deuxième cause de mortalité chez les adolescents

Le suicide chez les adolescents est la deuxième cause de mortalité, cette période de transition entre l’enfance et l’âge adulte est difficile et génère parfois des conduites à risque ainsi que des passages à l’acte dangereux pour leur intégrité physique.

L’Unité Inserm 1778 « Santé mentale et santé publique » a mené une enquête statistique et épidémiologique sur différents aspects de leur adolescence : leur santé mentale et physique, leurs consommations, leurs loisirs et leur sexualité.

Plusieurs chiffres clés ressortent de cette étude : 50% des adolescents interrogés ont confiance en l’avenir, 56% d’entre eux pensent que l’adolescence n’est pas une période facile, 74,5% des filles et 57,6% des garçons préfèrent s’isoler lorsqu’ils éprouvent des états de mal-être et 75% estiment avoir besoin de limites pour s’épanouir dans la société.

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Ainsi, l’adolescence est vécue par les adolescents comme une période difficile qui présente de profonds remaniements narcissiques, identitaires, sexuels et accentue la vulnérabilité psychopathologique. Des changements, vecteurs de risque, propices aux conduites ordaliques et aux passages à l’acte.

L’étude révèle que 7,8% des adolescents ont déjà effectué une tentative de suicide et 3,7% d’entre eux ont répété l’acte suicidaire. Au sujet de la dépression, les filles sont 16,8% à être touché par cet état de mal-être tandis que les garçons sont 7%. Ces chiffres ne sont pas rassurants d’autant plus que l’on sait que 74,5% des filles et 57,6% des garçons préfèrent s’isoler avec leur mal-être plutôt que d’en parler à leur proche.

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Sources de cet article :

Sources Portraits d’adolescents – Enquête épidémiologique multicentrique en milieu scolaire en 2013 Catherine JOUSSELME Professeur de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (Université Paris Sud), Chef de service et du Pôle Universitaire de la Fondation Vallée (Gentilly), Membre de l’Unité Inserm 1178 « Santé mentale et santé publique ». Mireille COSQUER Psychologue clinicienne – statisticienne, Pôle Universitaire de la Fondation Vallée Christine HASSLER Ingénieur d’étude Membre de l’Unité Inserm 1178 « Santé mentale et santé publique ».

Quelques chiffres sur le suicide : le suicide en France

Données statistiques et épidémiologiques sur le suicide

Dans le manuel Psychopathologie, une perspective multidimensionnelle (H. Barlow, M. Durand, 2007), il est rappelé que le suicide touche 11 à 36 européens par tranche de 100.000 par an, les Etats-Unis quant à eux avoisinent les 30.000 suicidés par an. Ainsi, le suicide est la septième cause de mortalité en Europe et aux Etats-Unis. A l’échelle mondiale, dans les pays industrialisés, le nombre de décès par suicide passe devant les homicides et les victimes de la guerre (O.M.S, 2002).

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Le suicide en France

Le suicide en France représente environ 11.000 décès par an et 160.000 tentatives. Pour être comptabilisé « officiellement », le suicide doit être attesté par un certificat médical qui détermine si le suicidé avait l’intention ou non de mettre fin à ses jours. Soulignons que le suicide est la première cause de mortalité chez les 25-34 ans et la deuxième des 15-24 ans. En 2009, le ministère de la Santé a commandité une étude statistique révélant que la France et le Japon sont des pays où le taux de suicide est le plus élevé.

Toutefois, rappelons que les études statistiques relatives au suicide doivent être relativisées et sont liées aux capacités des sociétés postmodernes à recenser de tels actes dans la population.

La définition du suicide

Le suicide qu’est ce que c’est ? Définition du suicide…

Le mot « suicide » vient du latin sui qui signifie « soi » et caedere qui veut dire « frapper/abattre/massacrer/immoler », c’est-à-dire l’autodestruction de soi. D’autre part, le terme suicide trouve son équivalent dans les racines grecques de la médecine : « autolyse », auto, soi-même, lusis, destruction.

Donnons quelques définitions du suicide : dans son ouvrage Le Suicide (1930), E. Durkheim nous propose une définition large : « On appelle suicide tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif, accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat ».

P.-L. Landsbert quant à lui propose de définir le suicide de manière plus restreinte, comme « l’acte par lequel un être humain crée volontairement ce qu’il croit être une cause efficiente et suffisante de sa propre mort » (Le problème moral du suicide, 1946).

Dans leur ouvrage La lumière noire du suicide (2012), H. Genet et D. Martz définissent le suicide comme une « mort volontaire, décision et action de mettre fin à ses jours. J’y vois deux raisons : la première, c’est que, même si l’on croit pouvoir déterminer la cause de tel ou tel suicide, cela n’exclut jamais des motivations secondes, inavouées ou inconscientes » (p.26).

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Pour aller plus loin sur le sujet :

http://www.infosuicide.org/

https://www.sos-amitie.com/

Le suicide dans notre société

Le suicide, un phénomène social ?

Pour E. Durkheim, le suicide est un phénomène profondément social et le fait suicidaire dépend de la qualité du lien social. Ainsi, le suicide n’est pas seulement sous tendu par des causes psychologiques mais est influencé par des situations socio-économiques défavorables pour l’individu : difficultés relationnelles, problèmes professionnels, maladies, séjour en prison, veuvage, difficulté économique, etc.

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Dans leur ouvrage Le Suicidologue. Dictionnaire des suicidés célèbres, F. de Negroni et C. Moncel rappellent les catégories antiques associées au suicide :

  • Taedium vitae : la lassitude de vivre, quand le suicide résulte d’une décision éthique ou philosophique ; il est alors véritablement mort choisie
  • Valetudinis adversae impatienta : la maladie intolérable, quand le suicide abrège une vie vouée à une souffrance insurmontable (c’est le suicide euthanasique)
  • Impatienta doloris : la souffrance morale insupportable, quand on met fin à une mélancolie insurmontable
  • Furor : la folie furieuse, quand le suicide est particulièrement brutal
  • Jactatio : l’affirmation d’une conviction, quand le suicide est chargé de promouvoir une cause ; il est alors geste sacrificiel, dûment mis en scène
  • Pudor : l’autopunition, quand le suicide vient racheter une faute ou l’honneur perdu. A travers les époques, c’est le suicide le moins contesté
  • Substractio : quand le suicide permet d’échapper aux tortures et à une mort certaine
  • Liberum mortis arbitrium : c’est, dans certaines sociétés (monde gréco-romain, Japon féodal), le droit laissé à un condamné à mort de se tuer lui-même : un pseudo-suicide ?
  • Nulla justa causa : sans motif valable, quand le suicide reste imperméable à toute explication…

L’histoire singulière de la personne

H. Genet et D. Martz (La lumière noire du suicide, 2012) s’interrogent sur la nécessité de définir un tel classement des suicides selon leur cause, un procédé qui, selon ses auteurs, ne permet pas de conceptualiser le suicide comme objet d’étude et bloque l’investigation profonde des motivations inconscientes de l’individu. L’explication du geste suicidaire doit s’articuler à l’histoire singulière de la personne, son interprétation doit tenir compte de la dynamique de ses pensées et de ses affects.

Mais, soulignons ici que l’investigation d’un tel acte suicidaire ne peut dépasser le stade de l’interprétation, car, comme le soulignent H. Genet et D. Martz, le suicide est un « phénomène opaque […] sa signification ne relève que de l’interprétation dont la vérité ne peut être établie puisque le sujet s’est supprimé ». (p.27)

Malgré tout, même si le suicide représente cet acte irrévocable commis par tant de personnes différentes, il n’est pas exclu de tenter une première définition rassemblant des points communs.

Auteur cité dans cet article :

Hélène GENET, Didier MARTZ : La lumière noire du suicide